Daxue 大雪 : quand le Yin recouvre la Terre… ailleurs

Ce 7 décembre 2025, dans le Nord de la France, il ne tombe pas un flocon.
Le thermomètre affiche près de 13 °C, une pluie fine arrose les champs détrempés, et l’hiver ressemble davantage à un long automne gris qu’à une carte postale enneigée.

Pourtant, le calendrier chinois nous fait entrer dans le souffle de Dàxuě 大雪, la Grande Neige.
En astronomie traditionnelle chinoise, Dàxuě commence lorsque le Soleil atteint 255° de longitude écliptique et se poursuit jusqu’à 270°. C’est le 21ᵉ des 24 Jieqi, ces souffles saisonniers qui rythment l’année. Il s’étend en général du 7 au 21 décembre, juste avant le solstice d’hiver : un temps où, dans le Nord de la Chine ou sur les hauts plateaux, la neige s’installe vraiment et le Yin recouvre la Terre.

Ici, la Grande Neige ne se voit pas à la fenêtre : elle se lit dans le calendrier, dans les textes anciens et dans notre climat intérieur. Pendant que nos paysages se gorgent d’eau, Dàxuě nous invite à vivre comme si la terre était sous une épaisse couette blanche : ralentir, rassembler la chaleur en profondeur, protéger le Cœur et les Reins, nourrir le Sang pour que le Shen puisse se poser et traverser l’hiver sans se disperser.

« La Grande Neige, c’est la fermeture et le stockage.
La neige est abondante et la terre se ferme,
les cent êtres s’accumulent et se conservent,
le Yang Qi se cache et s’accumule. »
Collection des Soixante-Douze Pentades du Calendrier Lunaire

Note – Shen 神, l’Esprit du Cœur
En médecine chinoise, le Shen désigne l’Esprit : la présence vivante qui habite le Cœur.
Il gouverne la clarté mentale, les émotions, la mémoire vive, la qualité du sommeil et le sentiment intime d’être « à sa place ».
Quand le Sang du Cœur est abondant, le Shen est calme et demeure en sa demeure.
Quand le Sang s’épuise et que les liquides se raréfient, le Shen s’agite, flotte ou « s’extériorise ».


Daxue au village : viandes suspendues et couettes de neige

Un dicton chinois résume avec humour la vie domestique autour de cette période :

小雪腌菜,大雪腌肉
Xiǎoxuě yāncài, Dàxuě yānròu
« À Petite Neige, on sale les légumes ; à Grande Neige, on sale la viande. »

À Xiǎoxuě 小雪, on remplissait les jarres de choux, radis et autres légumes saumurés.
À Dàxuě, on passe aux choses sérieuses : canards, ventrêches, saucisses, morceaux de porc sont salés, parfois fumés, puis suspendus sous les avant-toits. Dans certaines villes du Jiangnan, les rues se couvrent de « guirlandes de viande » : une réserve de Yang pour tenir jusqu’au Nouvel An.

En Europe rurale, la même logique a longtemps existé : décembre, c’était « tuer le cochon », saler jambons et saucissons, les pendre dans les greniers froids.

Même climat, même sagesse : profiter du froid pour conserver ce qui nourrira la famille – ou, dirait la médecine chinoise, ce qui soutiendra le Yang caché dans la profondeur du Yin.
Aujourd’hui encore, Dàxuě nous rappelle de ne pas dépenser nos forces plus vite que nous ne les remplissons – dans le corps comme dans l’Esprit.


Poésie de Grande Neige : le silence des montagnes, la chaleur d’un foyer

Pour sentir de l’intérieur la Grande Neige, on peut se tourner vers un poème très aimé de la dynastie Tang. Il ne porte pas le nom de Dàxuě, mais il en saisit le climat : froid, solitude, et pourtant accueil.

Hébergé chez l’hôte du mont Furong par temps de neige
《逢雪宿芙蓉山主人》
Liu Changqing (Liú Chángqīng, Tang)

日暮苍山远,天寒白屋贫。
柴门闻犬吠,风雪夜归人。

Traduction
Le jour décline, les monts bleus s’estompent au loin,
Le ciel est glacial, le chaume pauvre et blanc.
Au portail de bois, j’entends un chien aboyer :
Par la nuit de vent et de neige, un homme rentre.

Les deux premiers vers installent le Yin :
jour déclinant, montagnes lointaines, froid mordant, maison pauvre blanchie de neige.
Puis, soudain, deux signes de vie : un chien aboie, un homme rentre.

Dehors : vent, neige, nuit.
Dedans : un foyer, une porte qui s’ouvre, un retour.

Au cœur du froid extrême, un Yang minuscule mais décisif : un humain qui retrouve sa maison.
C’est tout le travail de Dàxuě : pendant que le monde extérieur se fige, aider le Shen à rentrer chez lui.


Les trois hou : la sagesse de Grande Neige

Comme Xiǎoxuě, Dàxuě est divisé en trois hou 侯 (périodes de cinq jours), chacun marqué par un signe naturel.

1ᵉʳ hou – 鶡鴠不鳴 : les oiseaux se taisent

鶡鴠不鳴
Hédàn bù míng – « L’oiseau hédàn cesse de chanter. »

寒氣漸盛,陰氣積聚,連向來勇猛好鳴的鶡鴠鳥此時也沉默不語,萬物收斂聲息。

Le froid s’intensifie, le Yin s’accumule : même les oiseaux réputés combatifs et bruyants se taisent.
Le monde sonore se ferme, comme si la nature retenait sa voix.

Message intérieur : c’est le temps de faire taire un peu le bruit mental, de réduire les stimulations, d’offrir au Shen le silence dont il a besoin pour se rassembler.

2ᵉ hou – 虎始交 : le tigre commence à se reproduire

虎始交
Hǔ shǐ jiāo – « Le tigre commence à s’accoupler. »

在陰極陽生之際,老虎開始交配求偶,象徵潛伏的陽氣在嚴冬深處悄然萌動。

Au moment où le Yin atteint son sommet, le tigre entre dans sa saison des amours.
La tradition y voit le signe d’un Yang latent qui recommence à bouger au cœur même de l’hiver.

Sur le plan du Cœur, c’est une fenêtre clé pour tonifier le Qi et le Sang, nourrir le Cœur et rassurer le Shen.
Plus le « réservoir » est plein à ce moment-là, plus le printemps aura de quoi germer.

3ᵉ hou – 荔挺出 : l’herbe lì pointe

荔挺出
Lìtǐng chū – « L’herbe lìtǐng sort de terre. »

寒冬水畔,一種名為「荔挺」的香草自地下抽出新芽,在冰冷寂靜之中透露出隱伏的生機。

Au bord des eaux glacées, une herbe discrète, lìtǐng, pousse ses premiers bourgeons.
Dans le paysage figé, une vie infime se risque dehors.

Silence à la surface, frémissement du Yang animal, minuscule pousse végétale :
tout semble immobile, mais la germination a déjà commencé.
Un Shen apaisé suit le même mouvement : il se recentre d’abord, puis laisse remonter doucement une force de vie vers l’année à venir.


Respiration de Daxue

Ciel vide, Terre épaisse

À Xiǎoxuě, nous commencions à dissocier le Ciel et la Terre : le haut se clarifiait, le bas se rassemblait.
À Dàxuě, ce mouvement atteint son extrême :

  • le Ciel devient très léger, presque vide ;
  • la Terre devient épaisse, pleine, saturée de Yin.

La respiration ne cherche pas encore à réconcilier Ciel et Terre : elle accepte pleinement cette distance et, entre les deux, offre au Cœur un refuge où le Shen peut rester tranquille.

Durée : 10 à 15 minutes.

1. Installation

Assis ou debout, choisis la posture la plus stable.
Pieds bien ancrés, genoux souples, bassin lourd, sommet du crâne comme suspendu.
Laisse trois respirations naturelles se déposer.
Pose ensuite les mains l’une sur l’autre sur le bas-ventre (Dantian).

2. Inspiration – Clarifier le haut, remplir le bas

Inspire par le nez.

Double sensation :

  • une clarté fraîche monte jusqu’aux clavicules et au visage ;
  • en même temps, le souffle descend directement vers le bas-ventre.

Le thorax bouge peu : c’est comme si le souffle traversait la poitrine pour aller se poser en bas.
Le Cœur n’est pas sursollicité : il demeure au milieu, paisible, comme une petite pièce éclairée où le Shen peut s’asseoir.

3. Expiration – Alourdir la Terre

Expire longuement, par le nez ou par la bouche entrouverte.
Laisse le poids descendre dans le bassin, les cuisses, les pieds.

Le bas du corps s’épaissit, comme une terre noire saturée d’eau ou une neige lourde.
Le haut se vide, se rafraîchit, devient espace.

En fin d’expiration :

  • en haut : vide clair, vaste ;
  • en bas : plein chaud, dense ;
  • au centre : le Cœur, abrité, où le Shen peut rester sans être tiré vers l’extérieur.

4. Micro-pause – Ciel et Terre séparés, Shen en sa demeure

Marque une courte pause confortable.
Ressens cette dissociation assumée :

  • le Ciel intérieur ne retient rien,
  • la Terre intérieure garde tout,
  • le Shen ne cherche plus à fuir : il demeure là où c’est calme.

Reprends l’inspiration dès que le corps le demande.
Poursuis 9 à 12 cycles.

À Dàxuě, il ne s’agit pas de refaire circuler à tout prix :
il s’agit d’accepter ce moment de séparation maximale – haut vide, bas plein – pour que le Cœur soit un refuge stable pour le Shen.


Dao Yin de Grande Neige : « Envelopper les Reins »

Ce geste simple accompagne la respiration précédente et inscrit dans le corps cette Terre épaisse qui protège le Yang profond — ce feu silencieux qui réchauffe le Cœur et soutient le Shen tout l’hiver.

Position de départ

Debout, pieds écartés de la largeur des hanches, genoux souples.
Les mains reposent devant le bas-ventre, paumes vers la Terre.

1. Inspirer – Recueillir la neige

Inspire doucement.
Les mains remontent devant toi, comme si tu ramassais la neige en coupe.
Arrivé à la hauteur de la poitrine, les paumes se tournent vers toi, doigts vers l’intérieur.
Le haut du corps reste clair, respirant : Ciel vide.

2. Expirer – Envelopper les Reins

À l’expiration, les mains glissent en arrière pour venir couvrir la zone des Reins, de part et d’autre de la colonne.
Laisse le souffle descendre dans le bas-ventre.

Sens la chaleur des paumes comme une couverture épaisse sur les Reins : une couette de neige devenue chaleur interne.

3. Pause – Protéger le Yang, calmer le Shen

Reste ainsi une ou deux secondes, en silence.
Imagine que le froid extérieur se transforme en braise douce dans le bas du dos.

Reviens ensuite progressivement à la position de départ, mains devant le bas-ventre, et recommence.
Répète 9 fois.

Plus le Yang profond est enveloppé, moins le Shen a besoin de s’agiter pour protéger le corps : il peut rester à l’intérieur, tranquille.


Diététique de Daxue

Nourrir profondément, sans obstruer

À Dàxuě, l’hiver est vraiment installé.
La médecine chinoise recommande de nourrir le Yang et le Sang, sans obstruer par des excès de graisses ou de chaleur.

Les anciens résument ainsi :

Tonifier en profondeur, faire circuler en douceur.

Mais Dàxuě est aussi la saison idéale pour reconstituer le Sang du Cœur et les liquides Yin, afin que le Shen retrouve un bassin où habiter.

Le Shen est comme un poisson, le Sang du Cœur comme l’eau.
Lorsque l’eau se retire, le poisson n’a plus d’autre choix que de sauter.

Tant que le Sang est plein, le Shen nage en silence dans sa profondeur.
Quand le Sang s’amenuise, le Shen bondit, sort de sa demeure : irritabilité, dispersion, insomnie.


« Remplir le réservoir » : nourrir le Sang Yin et les liquides

Privilégier les aliments :

  • de couleur rouge ou sombre,
  • de saveur douce,
  • de texture onctueuse ou humide,

qui vont au Cœur et à la Rate.

Quelques alliés du Shen :

  • Mûres séchées
    Nourrissent Foie–Reins, enrichissent le Sang du Cœur, apaisent le Shen et aident le sommeil.
    À croquer (5–10) ou à ajouter à un porridge.
  • Longanes séchés
    Tonifie Cœur et Rate, renforce Qi et Sang, calme la volonté.
    Idéale en cas de teint terne, d’excès de réflexion.
    À cuire avec jujubes rouges et baies de goji.
  • Graines de lotus avec le cœur vert
    La graine fortifie la Rate et calme le Shen ; le cœur vert clarifie le Cœur et dissipe l’agitation.
    Très indiqué pour les nuits agitées, la pointe de langue rouge, l’impatience intérieure.

Porridges et soupes de Grande Neige

  • Soupe “cinq rouges” revisitée
    Haricots rouges, cacahuètes à peau rouge, baies de goji, jujubes rouges, longanes, un peu de sucre roux.
    2 à 3 fois par semaine, en collation de l’après-midi ou en complément du dîner.
  • Porridge millet – jujubes rouges – igname (shānyào)
    Le millet nourrit l’estomac et apaise le Shen ; l’igname soutient Rate et Reins ; les jujubes rouges enrichissent le Sang.
    À privilégier le soir : il ramène le feu à sa source et prépare un sommeil profond.
  • Soupe de sèche séchée
    La sèche (ou calmar) séchée tonifie Foie et Reins, nourrit Sang et Yin.
    En ragoût avec des côtes de porc ou du poulet, elle s’inscrit dans la logique de « fermeture et stockage » de l’hiver.

Infusions qui apaisent le Shen

  • Ginseng américain + ophiopogon (Mài ​Mén Dōng; 麦门冬)
    Ginseng américain 3 g, ophiopogon 5 g, en infusion.
    Tonifie doucement le Qi, nourrit le Yin, clarifie le Cœur, apaise le Shen.
    À boire après une nuit courte, en cas de bouche sèche, palpitations, fatigue.
  • Graines de jujubier (suānzǎorén) + bulbes de ys  (Bai he hua 百合花)
    Graines grillées concassées 10 g + bulbe de lys 10 g, décoction 15 min.
    Classique pour aider le Shen à revenir la nuit, limiter les réveils, adoucir les rêves.

Les repères simples de la table d’hiver

À privilégier :

  • ragoûts de mouton ou de bœuf avec radis, navet, carotte,
  • bouillies de céréales (riz, millet, avoine) avec haricots rouges, noix, sésame noir,
  • légumes d’hiver longuement cuits : chou, poireau, courge, céleri branche, fenouil,
  • aliments du Rein et du Cœur : châtaignes, noix, jujubes rouges, un peu de gingembre frais.

À modérer :
charcuteries, viandes fumées, plats très gras, fromages forts, desserts lourds.

À limiter franchement :
alcool fort, fritures, grillades sèches, boissons glacées, grandes quantités de crudités.

Repère simple :
Le bol doit réchauffer les mains, le ventre se sentir nourri,
et la poitrine rester légère : ni oppression, ni agitation du Shen.


O2Qi & Cœur à Daxue

Le froid extrême, test cardiovasculaire… et miroir du Shen

Même si, chez nous, Dàxuě arrive parfois avec 13 °C et pluie fine, il rappelle la situation classique : nuits très froides, journées glaciales, vent sec. Pour le système cardiovasculaire, le froid signifie :

  • vasoconstriction des vaisseaux de surface (et parfois des coronaires),
  • élévation de la pression artérielle,
  • stimulation du système nerveux sympathique (adrénaline, noradrénaline).

Chez une personne en bonne santé, le Cœur s’adapte.
Chez les personnes fragilisées (hypertension, coronaropathie, insuffisance cardiaque…), ces contraintes peuvent :

  • déclencher ou aggraver un angor d’effort ou de froid,
  • favoriser des épisodes hypertensifs,
  • augmenter le risque d’accident vasculaire cérébral.

Conseils O2Qi en pratique :

  • éviter les chocs thermiques : ne pas sortir brusquement dans le froid après un repas très chaud ou une douche brûlante ; prendre quelques minutes pour s’habiller, respirer, préparer le corps ;
  • protéger tête, cou, poitrine, Reins : bonnet, écharpe, couche chaude sur le thorax et le bas du dos ;
  • privilégier une activité modérée : marche rapide bien couverte, plutôt que efforts violents au petit matin gelé ;
  • utiliser la respiration de Grande Neige le soir : elle aide à calmer le sympathique, faire redescendre la pression intérieure et préparer le retour du Shen.

En cas de pathologie connue (coronaropathie, HTA, insuffisance cardiaque), ne pas modifier seul son traitement et consulter en cas de douleur thoracique inhabituelle, dyspnée ou céphalée brutale.


Quand le Shen s’extériorise : le mal de Dàxuě moderne

La médecine chinoise dit :

« Lorsque le Shen s’extériorise et s’échappe, les cent maladies naissent. »

Or, Dàxuě tombe en plein rush de fin d’année : bilans, examens, clôtures, heures supplémentaires, soirées écrans, nuits écourtées…
Le corps voudrait fermer et stocker ; nous lui demandons d’accélérer encore.

Décembre cumule alors trois types d’épuisement :

  1. Épuisement du Sang Yin
    Nuits blanches, surmenage : ne pas dormir la nuit, c’est puiser directement dans le Sang du Cœur.
  2. Épuisement du Qi du Cœur
    Anxiété, pression, rumination :
    « La réflexion noue le Qi, l’inquiétude dissipe le Qi. »
    Trop penser fait stagner le Qi du Cœur ; trop s’inquiéter l’épuise vers l’extérieur.
  3. Épuisement des liquides organiques
    Froid sec, chauffage, alimentation désordonnée : les liquides se dessèchent.
    Bouche sèche, agitation, oppression thoracique, palpitations au moindre effort.

Les signes sont souvent nets :

  • hypersensibilité émotionnelle, irritabilité, larmes faciles ;
  • cerveau « bouché », difficulté à se concentrer, trous de mémoire ;
  • épuisement avec impossibilité de dormir, sommeil léger, rêves nombreux.

C’est précisément ce que décrit l’image :

Le Shen est comme un poisson, le Sang du Cœur comme l’eau.
Lorsque l’eau se retire, le poisson n’a plus d’autre choix que de sauter.

Tant que le Sang est abondant, le Shen nage en silence dans sa profondeur.
Quand le Sang diminue, le Shen ne peut plus rester en place : il saute, s’agite, se disperse.


Rituel du soir : « retour du Shen »

Une fois le « réservoir » un peu rempli par la diététique, il faut créer un nid pour que le Shen ait envie de revenir.

  1. Bain de pieds chaud
    L’eau doit couvrir les chevilles ; on peut ajouter un peu de gingembre ou d’armoise.
    Rester jusqu’à légère transpiration : le Qi et le Sang descendent, le Yang pénètre le Yin.
    Le Shen, lui, sent que le corps n’est plus en alerte.
  2. Trois points pour apaiser et ancrer le Shen
    • Shenmen 神门 – La Porte du Shen (C7)
      Sur le pli du poignet, côté de l’auriculaire.
      C’est la porte d’entrée de l’Esprit : la presser doucement apaise les émotions, calme l’agitation intérieure et invite le Shen à revenir.
    • Neiguan 内关 – Le Passage intérieur (Pc6)
      Deux travers de doigt au-dessus du pli du poignet, entre les deux tendons.
      Il relâche la poitrine, harmonise le Qi du Cœur.
      Quand la poitrine se desserre, le Shen cesse de frapper aux parois.
    • Yongquan 涌泉 – La Source jaillissante (R1)
      Dans la dépression à l’avant de la plante du pied.
      C’est la racine du corps.
      La masser ramène le feu à la source, ancre le Yang, empêche le Shen de flotter vers le haut.
    Tu peux les masser dans cet ordre : Shenmen → Neiguan → Yongquan,
    1 à 2 minutes chacun, avec une pression douce et continue, jusqu’à sensation de chaleur, de lourdeur ou de légère distension. Trois points, trois mouvements :
    apaiser, ouvrir, ancrer.
    Ensemble, ils montrent au Shen le chemin du retour.
  3. Repos silencieux
    Écrans éteints, lumière douce, quelques respirations lentes.
    L’idée n’est plus de « faire » quelque chose, mais de signifier au Shen :
    « Ici, c’est sûr. Tu peux rester. »

Daxue, entre Chine et Europe

Dàxuě est un magnifique terrain de dialogue entre Orient et Occident.

  • En Chine, la neige protège le blé ; en France, on dit :
    « Neige de décembre est engrais pour la terre. »
    La neige devient, des deux côtés, un engrais du pauvre : une couverture blanche qui prépare la récolte.
  • Le dicton « À Petite Neige on sale les légumes, à Grande Neige on sale la viande » fait écho aux traditions européennes de décembre : tuer le cochon, saler jambons et saucisses, suspendre les réserves dans les greniers.
    Même logique : concentrer l’énergie, nourrir la maison en profondeur.
  • Au cœur de Dàxuě, la tradition note que le tigre commence à se reproduire (虎始交) et qu’une herbe discrète pointe (荔挺出) : le Yang renaît au plus noir du Yin.
    En Europe chrétienne, on murmure :
    « À la Sainte-Luce, les jours croissent du saut d’une puce. »
    Alors même que les nuits sont les plus longues, on célèbre déjà le retour de la lumière.

Là où tout semble figé, les cultures savent que la vie prépare son retour.


Grande Neige : un silence habité

À Dàxuě, l’hiver n’est plus une promesse : il est là, même si nos thermomètres européens s’obstinent à afficher 13 °C et pluie fine.

Dehors, dans les textes, les peintures et les montagnes enneigées, le Yin s’étend :
la lumière décline tôt, les sons se raréfient, les routes exigent prudence.

Dedans, il ne s’agit pas de lutter contre l’hiver, mais de l’imiter :

  • rassembler la chaleur dans le bas du corps,
  • nourrir les Reins,
  • reconstituer le Sang du Cœur,
  • offrir un nid au Shen,
  • accepter quelques soirées de plus passées à lire, écouter, méditer.

La respiration de Grande Neige, le Dao Yin qui enveloppe les Reins, un bol chaud, une musique douce deviennent alors un petit rituel quotidien :

Quand la Grande Neige tombe – même seulement dans l’imaginaire –,
le Yin recouvre la Terre,
le Yang se cache dans les profondeurs,
et le Shen, comme une graine enfouie sous la neige,
accomplit en silence l’accumulation et la transformation
dont dépendront les bourgeons du printemps prochain.

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