Manifeste O2Qi

Le souffle comme science. Le souffle comme voie.

Par Philippe PERLOT, cardiologue, fondateur d’O2Qi — avec Min PERLOT, co-autrice (médecine chinoise & diététique chinoise)

Je viens d’un double pays.
D’un côté, la cardiologie : ses mesures, ses seuils, ses courbes, son exigence de preuve, son humilité devant ce qui résiste. De l’autre, la médecine chinoise : ses cycles, ses images, ses correspondances, sa manière d’écouter le vivant comme un paysage en mouvement. Le choix ne s’est pas imposé. Nous avons préféré relier.

Non pour “mélanger” par goût de la synthèse, mais par fidélité au réel : l’être humain ne se laisse pas réduire. Il est physiologie et histoire. Il est chiffres et sensations. Il est mécanique et signification. Il est, surtout, relation.

Au centre de ces deux traditions, une évidence ne cesse de se confirmer : le souffle est un gouvernail.
Pas un slogan. Pas une croyance. Pas un accessoire de bien-être. Un gouvernail.

Le souffle touche à ce qui nous tient : rythme cardiaque, tension artérielle, récupération, sommeil, attention, émotion. Il parle directement au système nerveux autonome, cette intelligence silencieuse qui ajuste en permanence l’équilibre entre l’alerte et le repos, entre la mobilisation et la réparation. Et il parle aussi au Qi, non comme un mot flou, mais comme une manière de nommer ce qui circule, ce qui nourrit, ce qui relie, ce qui s’accorde.

C’est de là qu’est né O2Qi.

Et dans O2Qi, une chose compte tout particulièrement : la régulation ne se pense pas hors du temps. Le souffle n’est pas le même en janvier et en juin, au lever du jour ou le soir, dans le froid sec ou l’humidité lourde. Les Jieqi, les 24 souffles du calendrier, nous rappellent une évidence simple et décisive : le corps est saisonnier. Les comprendre, c’est rendre la pratique plus juste, plus fine, plus efficace.

Ce qu’est O2Qi

O2Qi n’est pas une théorie de plus. C’est une tentative de forme : un pont, un langage commun, une méthode praticable. Elle part d’une idée simple : la respiration n’est pas seulement un échange d’oxygène et de dioxyde de carbone. C’est un accès direct à la régulation — à condition de le pratiquer avec justesse.

O2Qi unit deux respirations :

  • La respiration pulmonaire, concrète, mesurable, entraînable : rythme, amplitude, expiration, diaphragme, tolérance au CO₂, posture.
  • La respiration du Qi, sensible, orientée, vivante : intention, détente, circulation, relation aux saisons, aux émotions, aux cinq mouvements.

Je ne cherche pas à “prouver” la poésie ni à “mystifier” la science. Je cherche une voie praticable : rigoureuse et humaine.

Une idée n’a de valeur que si elle devient une pratique.
Et une pratique n’a de durée que si elle devient une habitude.

O2Qi n’est pas une performance. La respiration demande souvent l’inverse de l’exploit : moins d’effort, plus de précision. Moins de conquête, plus d’accordage.

Je crois aux gestes simples, répétés, intégrés à la vie réelle : deux minutes dans une journée trop pleine, cinq minutes avant de dormir, huit minutes entre deux rendez-vous. Un exercice court, mais posé avec soin, comme on pose une note juste.

Ce que nous cherchons vraiment

Il y a des chiffres utiles : pression, fréquence, variabilité, symptômes, seuils de sécurité. Mais derrière ces marqueurs, il y a une quête plus profonde : une stabilité intérieure. Moins de réactivité. Plus de marge. Plus d’espace entre le stimulus et la réponse. Un cœur qui n’est pas condamné à courir après la journée. Un système nerveux capable de revenir au repos. Une présence moins fragmentée.

Les trois piliers d’O2Qi

1) Le rythme

Le corps aime la régularité. La respiration peut devenir une balise : un tempo qui apaise, un métronome intime. L’expiration tient souvent une place centrale : elle n’“impose” pas la détente, elle ouvre la porte du retour. Une expiration un peu plus longue, un peu plus douce… et déjà le système comprend : tu peux redescendre.

2) L’adaptation

Chaque organisme a son histoire : tension, fatigue, anxiété, surmenage, terrain respiratoire, traitements, contraintes, âge, sommeil, mode de vie. Il n’existe pas une respiration universelle, mais des chemins. On ne respire pas contre son corps ; on respire avec lui.

La règle est simple : progressivité. Du plus sûr au plus engagé. Du plus accessible au plus subtil. Mieux vaut une pratique modeste, régulière, intelligemment dosée, qu’un exploit intermittent.

Et parce que l’équilibre ne se joue pas uniquement dans les poumons, l’adaptation inclut aussi le terrain. Le souffle régule ; le terrain stabilise ; la saison oriente.

La boussole de Min (Jieqi, diététique & médecine chinoise)
Min apporte à O2Qi une boussole culturelle et clinique issue de la médecine chinoise : la lecture des Jieqi, les “souffles” du calendrier. Elle rappelle que le corps n’est jamais hors saison : il réagit au climat, à la lumière, au rythme des jours, et ces variations façonnent le terrain.
Sa contribution insiste sur un point décisif : la respiration régule, mais le centre digestif soutient. Quand la digestion est stable, l’intérieur s’apaise et la régulation devient plus facile. La diététique chinoise n’est alors ni une liste d’interdits, ni une morale : c’est un art d’ajustement. Respecter la saison, tenir compte du froid, de la chaleur, de l’humidité, de la sécheresse, choisir la simplicité du tiède, du régulier, du digestible, éviter ce qui entretient durablement les déséquilibres.
Et surtout : observer. Sommeil, énergie, transit, soif, lourdeurs, agitation, sensations de chaud ou de froid — ce sont des données quotidiennes. Elles guident les choix, affinent la pratique, et donnent au souffle un sol plus stable où revenir.

3) Le sens

La médecine chinoise rappelle que l’équilibre n’est pas une mécanique froide : il est relation aux cycles — jour et nuit, saisons, activité et repos, expansion et retour. Les cinq mouvements offrent une carte pour comprendre nos variations.

Et les Jieqi donnent une précision supplémentaire : ils découpent le temps en repères fins, concrets, incarnés. Ils nous apprennent à ajuster, plutôt qu’à lutter. Ils ne décorent pas la pratique : ils l’orientent. Respirer devient alors plus qu’un exercice : une manière de se réaccorder au mouvement réel du monde.

Une musique intérieure

J’aime penser que le souffle est une musique. Comme dans une phrase musicale : l’attaque, la tenue, l’espace entre les notes, le silence qui donne sens. Le système nerveux autonome, lui aussi, a sa musique : ses accélérations, ses retours, ses harmoniques. O2Qi est un travail d’accordage : accorder l’intérieur pour que l’extérieur devienne moins menaçant.

Ce manifeste n’est pas une promesse de toute-puissance. C’est une proposition de chemin : apprendre à se réguler, transformer une réaction automatique en réponse plus choisie, rendre le corps plus habitable, retrouver une souveraineté calme — non pas “contrôler” la vie, mais revenir plus vite, plus souvent, plus sûrement.

Et parce que je suis médecin, je le dis clairement : le souffle n’est pas un remplacement des soins. Il est un compagnon, un soutien, une voie complémentaire. Toute pratique respiratoire doit respecter la sécurité, la progressivité et le bon sens clinique — surtout lorsqu’il y a symptômes, pathologie, traitement, fragilité.

Si vous ne retenez qu’une phrase, retenez celle-ci :
le souffle est un lieu de retour.
On peut s’y retrouver. S’y réguler. S’y réconcilier. Et parfois, simplement, y respirer la paix.

Pour aller plus loin sur O2Qi

Les 12 souffles du monde — Formation (démarrage automne 2026)
Une formation progressive pour comprendre les Jieqi, ajuster la respiration, soutenir le terrain (diététique chinoise) et installer des rituels simples au fil des saisons.


👉 Pré-inscription – Les 12 souffles du monde (automne 2026) : écrivez-moi via la page Contact avec l’objet “Pré-inscription 12 souffles”.

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